
Saint-Michel
Année : 1939-1946
Technique : Cuivre repoussé émaillé
Dans tous les cas, de ce premier combat que l’artiste livra avec le feu, l’œuvre en gardera des traces cuisantes. Après avoir pour la troisième fois enfourné la plaque de cuivre recouverte d’émail translucide dans le four, un incident se produisit. Les tubes métalliques remplis de sable qui servaient d’armature à la plaque de cuivre explosèrent sous l’effet de la chaleur. L’archange fut maculé de grains de sable pris dans l’émail, et la maitrise de la composition perturbée. Néanmoins, les pourpres et les ors étaient apparus comme souhaité. Ce qu’il avait imaginé prenait vie sous ses yeux, il ne lui restait plus qu’à continuer, à rechercher et expérimenter inlassablement pour maitriser cette matière capricieuse et secrète.
« L’émail est-une matière splendide […] mais savez-vous pourquoi l’on n’en fait presque plus? Par paresse. Par besoin de facilité. Il faut chercher longtemps sa formule, recommencer inlassablement, se tromper souvent. Mais on est parfois récompensé, même par ses erreurs qui procurent des surprises magnifiques. On est sale, fatigué d’attendre devant son four. Le cuivre pénètre dans la peau des mains, la poudre d’émail vole partout. Ce n’est plus de notre siècle.» (Robert Barriot, France-illustration, 1952).
« Michelle » c’est aussi le prénom que porte sa femme, sa muse, qui le libéra de toute contingence matérielle. Son amour et son admiration pour lui étaient tels qu’elle lui demanda de créer sans se soucier du lendemain, lui apportant un soutien inconditionnel. Etait-ce elle aussi qu’il avait voulu incarner dans ce Saint Michel libérateur ?